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Quand le deuil prend corps : Philippe Lebhar invente son Dibbouk

Il a fallu la mort d'un père, noyé au large d'Israël un été de 2022, pour que le danseur Philippe Lebhar devienne chorégraphe. Avec Dibbouk, son premier solo présenté dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, les 18, 19 et 27 mai prochains, il transforme la perte en langage, le rite en geste, et fait surgir sur scène une figure bouleversante, âme errante venue des profondeurs de la tradition juive.


Philippe Lebhar dans Dibbouk, sa première création solo, présentée aux Rencontres Chorégraphique Internationales de Seine-Saint-Denis. (Photo : Loïg Garcia)
Philippe Lebhar dans Dibbouk, sa première création solo, présentée aux Rencontres Chorégraphique Internationales de Seine-Saint-Denis. (Photo : Loïg Garcia)

C'est dans un avion, au-dessus des nuages, que tout a commencé. Philippe Lebhar rentre d'Israël. Son père vient de se noyer. Et dans ce moment suspendu entre deux rives, une vision s'impose à lui - viscérale, urgente - celle d'une performance à faire exister. Pas pour raconter le deuil, mais pour le traverser. Pour le faire passer par le corps.


Formé au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon, interprète depuis plus de vingt-cinq ans auprès de chorégraphes aussi différents que Gaëlle Bourges, Béatrice Massin, Philippe Jamet ou Radhouane El Meddeb, Lebhar avait jusqu'ici mis son corps au service des visions des autres. Avec Dibbouk, il fait irruption dans sa propre histoire. Et quelle histoire!


Le Dibbouk, dans la tradition juive, désigne l'âme errante d'un défunt qui, n'ayant pas trouvé le repos, vient habiter le corps d'un vivant. Attachement. Hantise. Présence de l'absent. Philippe Lebhar s'empare de cette figure mystique pour en faire le moteur d'un solo qui parle de judéité, de transmission, de ce que l'on hérite sans l'avoir choisi : gestes de prière, danses de fête familiale, fragments de mémoire collective.


Sur scène, le personnage se construit lentement, presque imperceptiblement. Un corset de dentelle au crochet - œuvre textile d'Enzo Pauchet, danseur et créateur - côtoie un short en jean déchiré. Et surtout : une masse grise, volumineuse, conçue par Yannick Hugron (co-directeur du CCN de Grenoble), enveloppe le corps du danseur comme une seconde peau de deuil, entravant le mouvement, alourdissant chaque geste. « Sensation d'être englouti, dit Lebhar, de porter ses entrailles à l'extérieur de soi ».


Ce qui impressionne dans le projet, c'est la façon dont chaque élément - lumière, musique, costume - fonctionne comme une entité autonome. La créatrice lumière Abigail Fowler, complice de longue date de Gaëlle Bourges, s'est laissé guider par les vitraux de Marc Chagall, dont les bleus profonds et les éclats colorés irradient la scène. Le compositeur Nicolas Worms, formé au CNSMD de Paris, a imaginé une fresque percussive dans un geste tenant à la fois de l'écriture et de l'improvisation. Les mots-clés de cette construction sonore ? La transe, la communication avec le monde invisible, la guérison.


Personnage loufoque et facétieux, d'une mélancolie joyeuse, le Dibbouk de Philippe Lebhar n'est ni un spectre menaçant ni un fantôme triste. Il est un hymne à la vie : celui d'un homme qui, en perdant son père, a ressenti l’urgence de dire, de montrer, d’offrir quelque chose qui n'appartient qu'à lui, et que, paradoxalement, tout le monde pourra reconnaître.



DIBBOUK

Solo de Philippe Lebhar

Création 2026 - Durée : 50 min - À partir de 8 ans



Tarifs :

- Tarif plein : 14€

- Tarif réduit : 10€

- Tarif groupe : 6€



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